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04 | 08
A vos marques, prêt, partez !
Yves Dreier

Extension du centre scolaire de Borex-Crassier par une salle de gymnastique double

La construction d’une salle de gymnastique dans une commune d’environ 1’000 habitants se révèle, par son emprise au sol et son impact visuel sur le site, être une démarche urbanistique périlleuse. De plus les normes en vigueur pour la construction d’infrastructures sportives sont contraignantes et n’offrent qu’une marge de manœuvre architecturale limitée. En effet l’intégration d’un bâtiment de taille importante dans le tissu villageois débouche souvent sur la conception de projets en majeure partie enterrés qui vont à l’encontre de la qualité des espaces intérieurs et n’offrent que peu de dégagements sur l’extérieur.
La salle de gymnastique double de Borex-Crassier, un volume de 32 x 28 x 9 mètres de côtés, propose une solution qui réussit le pari de répondre à ces deux attentes, d’une part se fondre sans nuisances dans le bâti environnant et d’autre part donner aux espaces majeurs de larges ouvertures. L’attractivité du système statique et constructif, qui joue sur plusieurs registres, assure un apport conséquent en lumière naturelle et crée une atmosphère d’enseignement chaleureuse.

En contrepoids
Construit dans les années 1970 à l’usage de la population de Borex et Crassier, deux communes proches de la ville de Nyon, le centre scolaire existant se situe en bordure de la zone à bâtir, à cheval sur la frontière communale. Issue d’une donation d’un privé, la parcelle dévouée à l’affectation scolaire présente une forme résiduelle et morcelée qui serpente entre les villas et les bâtiments résidentiels environnants.
Le concours, organisé en 2004, définissait un périmètre d’intervention restreint pour l’implantation du nouveau volume de la salle de gymnastique. La topographie irrégulière, qui garde la trace de remblais successifs était une contrainte supplémentaire à laquelle le projet devait répondre.
En accolant la salle double au bâtiment existant, également dévoué aux activités sportives, le projet lauréat du bureau d’architectes Mann-Capua Mann crée un contrepoids dans le jeu des volumes du complexe scolaire et précise l’accès principal sur le site. Son implantation face à l’aile principale de l’école et agenouillé sur une rupture du terrain permet de traiter les questions d’échelles avec minutie et de contrôler l’impact de l’extension sur le site. Cela permet, vers l’est, à la façade dirigée en direction de l’école et du village de profiter du remblai du terrain ainsi que de se soumettre aux gabarits de faible hauteur des maisons voisines. Au contraire, vers l’ouest, le bâtiment manifeste son importance par l’ampleur de son volume et rappelle les dimensions des nombreuses granges ou entrepôts agricoles qui, en les entourant, semblent protéger le coeur de chaque petit hameau.


Côté cour et côté jardin
La jonction des volumes entre l’ancien et le nouveau s’effectue par effet de symétrie dans le prolongement du gabarit de la salle de gymnastique existante. Réuni par une partie mitoyenne surbaissée, la salle de gymnastique existante et sa double extension deviennent un ensemble bicéphale. C’est précisément sur cette cassure dans le volume que les chemins d’accès convergent pour déboucher sur la porte du bâtiment orientée côté cour. L’entrée se fait de plain-pied au niveau du rez-de-chaussée supérieur et donne directement dans un espace traversant, le foyer, qui domine comme un balcon l’espace de la nouvelle salle.
Depuis ce foyer d’accueil, le parcours interne est vécu d’autant plus intensément que l’utilisateur est appelé à se détourner du spectacle qu’il a sous les yeux pour rejoindre l’escalier qui mène à l’étage inférieur où se situe les vestiaires et les surfaces dédiées au joutes sportives. Les circulations au niveau du rez-de-chaussée inférieur reprennent par mimétisme la logique de l’existant dont les espaces de circulation se font perpendiculairement à l’espace traversant de l’entrée, soit sur un axe nord-sud. Ce changement de direction provoque un déclic dans la perception du nouvel ensemble et souligne la relation forte qui unit dorénavant les deux pôles. La scénographie architecturale trouve son épilogue lorsque l’espace de circulation débouche à ses deux extrémités sur les salles de sport, qui jouissent, par de larges baies vitrées, d’un apport généreux en lumière naturelle et d’une ouverture panoramique sur la campagne, laissant presque croire que l’enseignement s’effectue en plein air.

Travail de résille à la poutre
Le geste d’ouverture que procure l’orientation de la salle sur l’espace extérieur est rendu possible par la conception d’un élément statique - une poutre préfabriquée à treillis multiples en bois de sapin de 32 mètres de longueur et de six mètres de hauteur - qui semble flotter au dessus de la ligne d’horizon. L’enchevêtrement de ces poutres ajourées et empilées angle sur angle joue simultanément le rôle de système statique, de filtre de lumière et de surfaces de revêtement des espaces intérieurs. L’emploi du bois donne une identité forte à la salle et renforce le sentiment d’une spatialité unique, centrée sur elle-même. Cette perception globale de l’espace, focalisée sur l’aire de jeux, est valorisée par l’uniformité de la matérialisation de la poutre qui s’affirme comme une résille décorative.
Outre la légèreté qu’elle offre à l’ensemble, la poutre en treillis, et son tissage d’éléments en bois de mêmes longueurs et de mêmes sections, garantit à ce système hyperstatique une reprise solidaire des efforts, grâce entre autre à sa double triangulation.

En filigrane
Le fonctionnement de ce filtre aux caractéristiques statiques est enrichi par la perméabilité en lumière naturelle que lui offre sa peau extérieure en verre translucide. Composée dans sa totalité de bandeaux en verre dépoli de six mètres de long, l’enveloppe présente une expression abstraite et immatérielle qui tranche avec l’esthétique rationnelle de l’existant. Elle affirme ainsi son identité par un contraste audacieux et se manifeste par une sensibilité exacerbée aux conditions météorologiques.
De plus les couches constructives qui composent l’enveloppe, en particulier un espace interstitiel dévolu à la maintenance et à l’amélioration des performances énergétiques du bâtiment, laissent transparaître en filigrane la profondeur de la peau par des effets de superposition. Visibles de l’intérieur et de l’extérieur, les reflets d’ombre, de lumière et de transparence participent à l’approche ludique que les architectes ont souhaité donner à l’enseignement du sport.
Récompensée en 2006 par une distinction lors du concours « Nouveaux horizons – Pool d’idées Bois 21 », cette salle de gymnastique s’inscrit dans la continuité des réalisations marquantes des architectes Mann-Capua Mann, tel que la salle polyvalente de Villaz-St-Pierre, le collège de Gland et le centre scolaire de Cheseaux. Ces quatre bâtiments scolaires proposent en effet une approche architecturale similaire dans laquelle l’utilisation du bois donne à chaque enfant, si ce n’est la chance d’apprendre dans une ambiance chaleureuse, la possibilité de parfois se laisser aller à rêver.

Aus der Ausgabe 04-2008

 


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